Après ce dernier zone interdite sur les mariages mixtes qui représentent une population en plein essort, je me devais de revenir sur toute cette guimauve surbrillante et surbrillée, avec mon expérience personnelle sur le sujet.
Oui l'amour qui dépasse les frontières, c'est extraordinaire, c'est l'ouverture d'esprit, c'est la virée vers un monde meilleur et tolérant, c'est le baba au rhum dans une pâtisserie libanaise..
Mais qu'en est il des coulisses? De l'envers du décors? De cette cerise confite discount dégueu qui trône sur ce baba au rhum alors qu'elle n'a rien à faire là ?
J'ai décidé, à presque 30 ans et autant d'échecs amoureux, de suivre si jamais l'occasion se présentait, ce rêve qui ne m'a jamais quitté. De vivre cette idylle mixte comme l'avaient réussi mes parents. De vivre des disputes à la soupe de langues, au sens propres comme au figuré; de pressions douloureuses contre la poitrine dans des halls d'aéroports; avant de finir avec des petites progénitures parfaitement bilingues et épanouies dans un bonheur exacerbé.
Et puis j'ai rencontré David, un bel américain aux racines irlandaises; un grand barbu qui à toutes ces failles physiques qui nous amènent parfois à succomber pour un hipster après beaucoup, beaucoup, ( beaucoup ) d'alcool; mais sans en être un. Le combo parfait; de surcroît musicien; il a grandi dans le pays d'Elvis et son accent résonne partout comme une chanson des années 60 mythique sortie d'un vinyle qui crépite.
Ses yeux se plissent comme un millefeuilles quand il sourit, et sa rigule droite se referme sur un grain de beauté adorable qui existe juste pour vous faire tomber amoureux.
Il n'arrive pas à prononcer les "R" à la française, et même quand il dit des saloperies dans la langue de Molière, c'est enveloppé dans une douceur satinée indescriptible qui réussirai même à déclencher un sourire béât chez Louis Garrel.
Il est arrivé par hasard avec ses yeux mille feuilles et son grain de beauté d'adam; sans crier gare ni même aéroport; dans une enveloppe pixelisé d'un e-mail d'apparence trompeuse candide et innocente, comme un enfant soldat.
Nos vies se sont sournoisement emboîtées dans des appels quotidiens, des messages inutiles, des vidéos conférences fantasques, des lettres manuscrites pour la touche romantique; formant comme une tour de legos gigantesques et colorée au milieu de mon studio minuscule parisien, trônant autour des piles de solitudes sales et autres ennuis que je m'étais promis de ranger hier, avant hier, et y'a 5 mois.
Mon appartement a donc laissé place à une scène post tsunami, au milieu duquel trône cette tour magique par laquelle je jure quotidiennement; près d'une boîte à sucre métallique dans laquelle j'entasse les miettes de l'élaboration de mon rêve avec des billets minuscules; chacun me rapprochant, à vitesse d'escargots, des kilomètres à parcourir pour traverser l'océan.
Et puis hier, David est venu me parler de quelque chose, il est entré via mon télephone dans ce petit appartement bordélique, avec sa grande taille et ses grands bras et sa grande barbe, de façon si rapide, brutale et innatendue; que la tour de legos s'est effondrée dans un fracas silencieux d'un 3h du matin hivernal parisien.
Il l'avait déjà effleuré une première fois; avec des propos me paraissant assez éloignés de ma vision personnelle et profonde de la vie, sans s'en rendre compte; s'excusant presque de trop, aussitôt après avoir remarqué ma réticence et mon inquiétude, à ajouter ce lego que je tenais dans la main, au sommet de cette tour particulière.
Puis on avait décidé d'ignorer ça tout les deux, et de continuer à jouer et à créer cette architecture instable, dans l'illusion la plus totale.

Sauf que ce soir, il a sorti une petite phrase, avec toute la candeur et le naturel qui soit, ne réalisant pas qu'il venait de donner un grand coup là où il ne fallait pas.
Il est 3h et quelques du matin dans ce studio parisien, probablement moins trois degrés; et une tour de songes en plastique vient de s'écrouler à grande vitesse dans un bruit sourd et effacé.
Au milieux de ces dizaines de legos épars sur le sol se reflètent la force noire du côté obscur des différences culturelles. Celle qui fait que quelque chose qui puisse te paraître abjecte et stupide, ai bercé et conditionné un être humain sur une autre face du monde, et qu'il n'ai pas pu soupçonner l'ombre d'une seconde que tu ne puisses envisager de partager quoi que ce soit avec ce dernier suite à cette révélation à bout portant, tiré par un visage candide et angélique insoupçonnable et insoupçonné.
On se construit soi même, mais on oublie les facteurs extérieurs qui contribuent et conditionnent celui qu'on est. Il n'a rien fait de mal, il a juste été lui même; et qui sait si je n'aurais pas été pareil en vivant au même endroit, à la même époque.
"Pardon? J'ai pas fait exprès", sont probablement les seules choses qu'il aurait pu dire après ce crash qui combustionne encore; tandis que je presse sur ma taie d'oreiller tout mon sentiment sur lequel aucun nom n'existe; un truc entre choc, frustration, peine et honte; perdus dans un nuage de fumée noire.
Cette sensation de tempes qui claquent, de poitrine qui cogne, et de chute vertigineuse lancée à des milliers de kilomètres à l'heure; qui part du fond de la gorge jusqu'au fond du nombril, sans possibilité de freinage.
Voilà.. j'ai fait le voyage aller-retour Paris-Usa en moins d'une minute, à la vitesse de la lumière, dans le fond de mes entrailles.
Maintenant, et malgré le jet lag, j'ai une tonnes de légos à ramasser et à ranger, dans une boîte que je n'ouvrirai plus jamais.

 

 

tas legos